Peut-être Nadia, création 2020

Nadia Comaneci n'existe plus.

 

Jeux Olympiques de Montréal, 1976.

La gymnaste jette la pesanteur derrière son épaule comme jamais aucune autre avant elle. Depuis elle n'est plus gymnaste, elle est Nadia. Les légendes n'ont pas besoin de nom de famille.

Des ingénieurs désireux de communiquer avec une éventuelle vie extra-terrestre ont envoyé dans l'espace ces images de Montréal comme une preuve de la beauté absolue. La légende de Nadia. Celle de la perfection. Et du chaos aussi. Celui de son corps de fillette qui lutte contre sa féminité comme une maladie. De son corps qui réalise ce qu'un corps n'est pas censé réaliser. De son corps que le monde entier semble vouloir posséder dans un même désir. De son corps que les Ceausescu pensent avoir créé, avec l'air, l'eau et la Roumanie. De son corps qui ne s'écroule jamais, contrairement au mur de Berlin et au rêve américain.

Il faut raconter Nadia, cette figurine martiale inventée par Béla Károly, son entraîneur. Celui qui décela la machinerie rare derrière un déguisement d'enfance. Béla, moins entraîneur qu'ogre à force de dévorer ce qui est une limite pour tous les autres : blessures, peurs, horizon, révolution, hasard, frontières, Securitate.

Peut-être est-ce aussi l'histoire d'une petite fille qui décide de devenir une légende, seule solution pour ne pas avoir la vie promise aux autres filles.

Le corps de Nadia est unique. Politique, il raconte la fin d'un siècle où l'on a cru que le corps des femmes se libérerait, où l'on n'aurait jamais cru que le bloc de l'Est puisse se libérer, où l'on n'a pas voulu voir à quel point le libéralisme s'était libéré.

Poétique, son corps décline en toute connaissance de cause les dangers comme autant de comptines et se dissout dans l'imaginaire des milliards d'autres corps qui le regardent en mondovision. Quand le corps de Comaneci grandira d'abord, vieillira ensuite, à la hauteur de ce qu'il fut adulé, on lui reprochera tout. Et d'abord de devenir pubère. De n'être plus la petite Nadia en somme.

C'est surtout l'histoire d'un corps absent, figé dans la suspension parfaite d'une évolution olympique, qu'il faut donc raconter.

Sans considérer que le temps passe, elle croit ainsi se souvenir qu'un jour, de l'autre côté de l'océan Atlantique, une fillette roumaine s'est envolée. Elle a eu dix. C'était la perfection. C'était la première fois. Dépassée par tant de beauté, l'intelligence artificielle des ordinateurs ne put l'afficher sur les panneaux de résultats. Depuis Nadia n'est jamais revenue.

D'après une idée originale de : Anne-Sophie Mercier

Conception et mise en scène : Pascal Reverte

Écriture : Anne-Sophie Mercier, Pascal Reverte

Avec : Elizabeth Mazev, Aude Léger, Olivier Broche, Nicolas Martel et Vincent Reverte

Scénographie : Jane Joyet

Création lumières : Léandre Garcia Lamolla

Réalisation films d’animation : Olivier Pont

Création musicale et sonore : Antoine Sahler

 

Production : Le tour du Cadran et La Reine Blanche - Les Déchargeurs

 

Coproductions (en cours) : Théâtre du Beauvaisis / Scène nationale de l’Oise ; La Manekine / Scène intermédiaire des Hauts-de-France ; Le Palace / Montataire ; Espace Bernard-Marie Koltès – Théâtre du Saulcy  / Scène conventionnée Metz.

Production déléguée : La Reine Blanche - Les Déchargeurs, RB|D productions.